Série : la rentabilité des fermes en Permaculture… un mythe ?
Partie 3 : une petite ferme avec activité commerciale

Ben Falks permaculture maison 4 hectares
Série : la rentabilité des fermes en Permaculture… un mythe ?
Partie 2 : à l’échelle d’une maison particulière avec 4 ha
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Verger en permaculture

Voici le troisième volet de notre petite série sur la rentabilité et la viabilité des installation permacoles. Pour rappel, la partie 1 s'intéressait au jardin urbain et vous pouvez retrouver l'article iciet la partie 2 décrivait l'échelle d'une maison particulière avec 4 ha de terrain.

C ette série d'articles vise à répondre à la question que beaucoup de gens se posent encore : est-ce vraiment sécurisant de se lancer dans l'aventure de la Perma quand on n'est pas sûr que ce soit rentable et même profitable, autant sur le plan financier, qu'écologique ?

Dans cette série d'articles, vous découvrez :

  • Les différentes échelles des fermes prospères en Permaculture
  • Un exemple de chaque échelle, avec le parcours des exploitants
  • Comment les fermes fonctionnent et comment se découpe leur chiffre d'affaire (sur la base des réponses obtenues par les concernés, sauf pour Mark Shepard)
  • Les différents types d'opérations rentables en Permaculture
  • ...et bien d'autres informations passionnantes !
Mais voici, sans plus attendre, la partie 3, sur la Permaculture appliquée à une petite ferme et son verger.

L'échelle d'une petite ferme avec son verger de 2 hectares

Miracle Farms avec Stefan Sobkowiak et son verger Permacole commercial de 2 ha après 22 ans d'établissement

Le verger en Pemaculture

Stefan Sobkowiak est enseignant, biologiste et maître en architecture paysagère. Il a enseigné sur la production de fruits, les plantes et la conception paysagères, ainsi que sur l'histoire naturelle des vertébrés à l'Université McGill de Montréal. Il a travaillé avec plus d'une centaine de clients au sein de son propre cabinet de paysagisme pendant 20 ans. Plus récemment, il s'est concentré sur la conception permacole, partageant son temps entre l'enseignement et sa ferme "Miracle Farms" : le plus grand verger permacole commercial du Nord-Est de l'Amérique. Il y a peu de temps, avec le réalisateur Olivier Asselin, il a sorti un DVD intitulé Le Verger Permacole : au-delà du bio, un film à visée pédagogique qui enseigne comment installer son propre verger permacole, quelle que soit l'échelle.

Miracle Farms est une propriété de près de 5 ha située dans la région Monteregie à l'Ouest du Québec dans la zone climatique 4 USDA. La ferme a été, au départ, développée pour une monoculture commerciale de pommiers, avec une transition vers le bio dès l'acquisition en 1993, et une certification bio en 1996. Finalement, Stefan comprend rapidement les limites du modèle de l'agriculture biologique de la monoculture. En 2007, 1.6 ha sont convertis en un verger d'inspiration permacole avec une modèle de vente en auto-cueillette. Ce verger offre dorénavant plus de 80 cultivars de pommes, ainsi que plusieurs types de prunes, poires, cerises et un nombre incalculable d'autres fruits et végétaux. Ce qui en fait une ferme unique, c'est que Stefan a planté ce verger en utilisant le modèle NAP avec un Fixateur d'azote, un Pommier, un Prunier ou Poirier (Nitrogen fixer, Apple, Plum/Pear). En mélangeant ainsi des arbres fixateurs d’azote parmi les arbres fruitiers, cela a créé de la fertilité et a éliminé la nécessité d'apport extérieur de fertilisant, donnant lieu à un écosystème circulaire qui s'auto-entretient presque tout seul.

Tout est organisé selon ce que Stefan appelle le concept des "allées de supermarché" ! C'est-à-dire que tout ce qui est dans une allée sera mûr et prêt à la récolte sur une même période de 10 jours, ce qui facilite la tâche pour les personnes qui viennent récolter. Et malgré la grande diversité d'espèces, cela permet aux clients de marcher dans l'allée et de récolter la majorité des fruits et des légumes dont ils ont besoin en un seul passage. Les allées herbeuses sont utilisées pour pâturer des animaux (comme le fait Mark Shepard). Dans ces allées, il élève des poules, des dindes, des pintades, des canards et des oies. Son modèle économique, c'est l'auto-cueillette en abonnement. Au fil des années, Stefan a développé une clientèle qui prend plaisir à venir à la ferme et récolter elle-même ses produits, ce qui limite énormément les coûts pour la ferme. Dans ce système, les membres bénéficient de produits frais et au-delà du bio, pour 50% du prix. La volaille est seulement disponible pour ses membres, bien qu'il ait aussi un stand proposant les produits de la ferme à ceux qui ne sont pas membres. La ferme est utilisée comme laboratoire d'enseignement pour des étudiants en Permaculture, offrant des ateliers (greffe, taille, propagation, élevage de pintade, transformation) ainsi que pour des stagiaires. Des visites de la ferme sont aussi proposées pour des groupes.

„Un écosystème circulaire quasiment autonome”

Voici le détail des revenus de cette ferme :

  • Vente des produits (70%)
    - Herbes aromatiques, fleurs, arbres fruitiers et baies, légumes, pièges
    - Volaille
    - Produits transformés : jus de pomme, fruits séchés
  • Enseignement (20%)
    -PDC, Ateliers
    -DVD
  • Service de conseil en Permaculture (2%)
  • Visites de la ferme (8%)

Résumé et remarques de Stefan :

  • Une conception en "supermarché" : il y a des fenêtres de temps pour récolter les mêmes cultivars dans la même allée, tandis que les couches plus proches du sol poussent toute l'année
  • Vente par auto-cueillette à la ferme sur la base d'un abonnement : les membres récoltent eux-mêmes, il n'y a donc pas de coût pour la récolte (en général 40 % des coûts de la culture des fruits sont liés à la récoltes et au stockage)
  • Le lieu est très important : pour que les gens viennent jusqu'à vous, vous devez leur offrir un vrai plus
  • Il faut être régulier en termes de production, et pour cela, il faut diversifier, quand les gens viennent chez vous, il faut avoir d'autres produits à leur offrir que les produits de base.
  • Pour que la ferme soit rentable, il faut cumuler les fonction des pommiers, des poiriers, des plantes grimpantes, des aromatiques et des animaux qui pâturent dans les allées.
  • Le chiffre d'affaire de la ferme varie d'une année sur l'autre : par exemple, l'année dernière a été difficile parce qu'il y a pas eu de fruits, mais par contre, les baies et petits fruits ont très bien donné. L'année dernière ce sont les enseignements et les visites qui ont constitué 70% des revenus et seulement 20% pour les produits
  • C'est remarquable d'avoir une diversité de récoltes pour équilibrer les choses d'une année sur l'autre

Stefan dans ses allées "supermarché"

 
Cet article s'inspire de l'article rédigé par permacultureapprentice.com.